Le monde ne sera pas détruit par ceux
qui font le mal, mais
par ceux qui les regardent
sans rien faire. Albert Einstein

Les fameuses expériences de Meltzoff ont permis de découvrir chez l'homme une capacité à apprendre par imitation (ou empathie)Depuis quelques années, nous savons où, dans le cerveau, se trouvent la compassion et la réflexion. Les neurones empathiques (qu’on appelle aussi les neurones miroirs et les neurones échos) ont pour fonction de faire entrer en Soi l’Autre. Lorsque nous pensons à autrui, les neurones miroirs (voir illustration ci-dessous) s’activent et mettent en scène leurs actions et leurs intentions comme si c’étaient les nôtres.

La découverte des neurones empathiques vient résoudre l’énigme de la capacité des nouveaux-nés, mise en évidence par Mertzoff et Moore en 1977 (voir ci-dessus), de répéter les gestes des adultes avant même qu’ils aient eux-mêmes appris ces gestes. Cette empathie est l’apprentissage même. Ce petit théâtre intérieur est actif dès la naissance — avant même la naissance, si  l’on parle des neurones écho.

Les autistes et les sociopathes (ou psychopathes) ont les neurones empathiques en piteux état. Mais ce sont que des cas extrêmes. Tous n’ont pas les mêmes facultés d’empathie (Hooper, 2006; Fecteau, 2008).

Ce que devient l’enfant né empathique

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Si l’on se fonde sur l’échelle de développement moral de Kohlberg, le constat est amer : bien peu de personnes ont su dépasser l’égocentrisme et les stades conformistes du raisonnemment moral.

Comment cela est-il possible, si la plupart d’entre nous naissons avec cette vilaine habitude de singer autrui, même quand ça fait mal?

De fait, un handicap des neurones empathiques peut permettre de mieux fonctionner en société. La compassion peut faire mal : ne pas réfléchir, ne pas se sentir soi-même ni ne sentir Autrui peut être important, voire essentiel.

Lorsque nous vivons des moments d’empathie trop intolérables, certaines parties du cortex préfrontal viennent faire taire nos précieux neurones empathiques. Ces « super-neurones miroirs », qu’on pourrait aussi bien nommer « anti-neurones miroirs », pour nous préserver, nous font nous dissocier de cette partie de nous-mêmes que l’on appelle Autrui.

En étudiant l’activité des neurones miroirs, le neuroscientifique Marco Iacoboni a découvert que nous bâtissions une barrière congnitive nous permettant de supporter nos réponses neurophysiologiques normales d’empathie lorsque nous faisons face à des situations ou des récits traumatiques. « Le cortex préfrontal contrôle ces neurones qui « singent » autrui; nous les avons nommés « super-neurones miroirs » parce qu’ils inhibent l’activité des neurones miroirs ». Dr. Iacoboni est appellé M. Neurones Miroirs en raison de son intérêt soutenu pour les mécanismes de l’empathie et de l’imitation. (Egan D, 2007; tradaptation : ODS)

Fonction sociopolitique de l’horreur : panem et circenses

La culture de l’horreur a pour fonction d’entretenir l’hébétude des masses (voir l’excellent documentaire de la BBC The Power of Nightmares et, en guise de démonstration, Bernstein, 2007). Il est confirmé, par exemple, que l’exposition à la violence à l’écran cause une isolation sociale chez le téléspectateur (Bickham DS & Rich M, 2006; voir aussi la « publicité » d’Adbusters illustrée ci-contre). Bien qu’il n’existe pas encore d’études capables de montrer que la télévision cause la violence dans la société — cela n’a pas encore été fait (Huesmann LR & Taylor LD, 2006), nous savons d’ores et déjà que l’indifférence à autrui s’apprend en assistant, impuissant, à la violence. La violence au petit écran est actuellement reconnue comme une menace à la santé publique (Huesmann LR & Taylor LD, 2006).

Panem et circenses est bien notre devise, mais pas au sens banal de « du pains et des jeux« , car le cirque en question, les jeux que les foules aimaient tant, faut il le rappeler, mettaient en scène des combats sanglants et répugnants, horrifiques comme ce que nous voyons envahir nos écrans jour après jour.

Depuis toujours, les adultes infligent, généralement sous forme ritualisée, des doses traumatiquess d’horreur à leurs enfants pour leur apprendre à vivre dans un monde violent et injuste.  Aujourd’hui, nous appelons ça le cinéma.

Le traitement

Les handicapés de l’empathie déversent l’horreur comme de l’information ou du divertissement (comme des stimulations sensorielles neutres, comme l’autiste la perçoit), dans le cerveau des autres. Les enfants sont envahis de monstruosités. Le traumatisme fait son oeuvre, et la roue tourne. Cette maladie mentalement transmissible, l’égocentrisme, s’engendre elle-même. C’est la vie!

Il est maintenant possilble de voir le handicap des sociopathes. Sans surprise, les psychopathes à la petite semaine, ceux et celles pour qui la vie en société est devenu un choix stratégique (et une compétence à parfaire), alors que c’est une inclinaison innée, apparaissent sous leur vrai jour, comme des erreurs de la… culture qui compensent un trou dans la tête avec de fragiles échafaudages neuronaux (Rilling, 2007).

Mais, tel Persée terrassant la Gorgone, il est possible de vaincre ce mal. Un miroir, comme le bouclier de Persée, peut forcer la terrifiante créature a fixer son regard pétrifiant sur elle-même. Puisque tous ne passerons pas dans la merveilleuse machine qui nous révèle à nous mêmes (IRMf), appelons les altruistes calculateurs, les bourgeois de l’émotion, les cultivateurs de jardins secrets, les émotifs qui se protègent, les tolérants indifférents, les sages sans colère, les guides spirituels et les maîtres à penser qui parlent de paix et de bonheur, mais jamais de guerre et d’injustice, et tous les éducateurs qui obfusquent l’innomable horreur de ce monde pour édifier nos esprits, appelons-les par leur nom : handicapés de l’empathie.

La rééducation s’appelle : enseignement moral (et religieux).

Références

Hooper, Rowan (2006) ‘Spectrum of empathy’ found in the brain. New Scientist.

Fecteau, S et al. (2008) Psychopathy and the mirror neuron system: Preliminary findings from a non-psychiatric sample Psychiatry Research,  –

Bickham DS, Rich M. (2006) Is television viewing associated with social isolation? Roles of exposure time, viewing context, and violent content. Arch Pediatr Adolesc Med. Apr;160(4):387-92.

Huesmann LR, Taylor LD (2006) The role of media violence in violent behavior. Annu Rev Public Health. ;27:393-415.

Egan, Danielle (2007) How Horror Sparks Our Brains : ‘Mirror neurons’ drive the biology of empathy. TheTyee.ca March 2.

Neuroscientist Dr. Marco Iacoboni studies mirror neuron activities in the brain and has found that we do indeed build up a sort of cognitive resistance to our empathetic neurophysiological responses whether reporters covering the case, forensic scientists or citizens who choose to tune the coverage out. « The prefrontal cortex controls these ‘monkey see, monkey do’ cells and we’ve coined these ‘super mirror neurons’ because they do inhibit mirror neuron activity, » says the UCLA-based neurologist, known as Mr. Mirror Neuron due to his focused studies on the neural mechanisms of empathy and imitation.

Bernstein KT, Ahern J, Tracy M, Boscarino JA, Vlahov D, Galea S. Television watching and the risk of incident probable posttraumatic stress disorder: a prospective evaluation. Nerv Ment Dis. 2007 Jan;195(1):41-7.

JK Rilling et al. (2007) Neural Correlates of Social Cooperation and Non-Cooperation as a Function of Psychopathy – Biological Psychiatry.

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