La forme médiocre de sagesse, qui valorise la tiédeur et le pragmatisme, permet d’atteindre les plus hauts grades dans les hiérarchies humaines. Il s’agit de démontrer que c’est une maladie mentale qui nuit aux personnes plus saines et engendre notamment l’immobilisme social devant des situations qui demanderaient une action véhémente, telles que la pollution, la torture, les évasions fiscales des plus obscènes fortunes.

Comment diagnostiquer un sage

Les patients qui recherchent peu la nouveauté sont décrits comme des personnes réfléchies, rigides, stoïques, frugales, pondérées et persistantes. Cette description est similaire à la description clinique des patients atteints de la maladie de Parkinson (Menza & al, 1993)

La « recherche de la nouveauté » (novelty seeking), de sensations fortes (sensation seeking), sont des traits de personnalité associés à une forte activité dopaminergique (Menza MA & al. 1993, 1990). Au moyen d’une évaluation assez simple, il est possible de prédire le risque de développer la maladie de Parkinson : une personne cherchant peu la nouveauté et les sensations fortes, mais se présentant comme réfléchie, rigide, stoïque, frugale, pondérée et persistante est plus à risque de contracter cette maladie. Il faut s’inquiéter pour l’avenir des modèles que l’on peine à imiter.

Ces personnes qui recherchent moins la nouveauté, apparemment fonctionner mieux en société : les médecins, par exemple, sont, le plus souvent, mal à l’aise avec la nouveauté (Ham BJ et al. , 2006); c’est sans doute ce qui leur permet d’ingérer et de recracher l’information nécessaire, sans trop se poser de questions, pour atteindre les plus hauts grades dans la hiérarchie.

L’étude de Ham et al. ne dépeint pas uniquement l’état psychologique ou neurologique des étudiants en médecine : il est question en fait de ces qualités qui font que l’on a droit de cité, parmi toute compagnie « comme il faut », c’est à dire réfléchie, rigide, frugale, ordonnée, persévérante. Ce sont les caractéristiques distinctives de l’establishment intellectuel, axé sur la réflexion (plus que sur la découverte), la rigueur (tant qu’elle ne fait pas déborder du cadre établi), et la persistance (qui, nous le verrons, se confond avec l’obstination).

L’environnement enrichi

L’exposition à un environnement enrichi est ce qui permet aux animaux de laboratoire de devenir plus aptes à se débrouiller dans un labyrinthe ou face à des situations menaçantes. C’est aussi ce qui leur permet de porter dans leurs crânes un cerveau plus lourd et volumineux que la « normale ».

(…) Par chance, il nous fallait enregistrer les poids des cerveaux pour quantifier l’activité chimique par unité de poids. Après deux ans à contempler les effets biochimiques des environnements enrichis, il nous apparut enfin que les poids des cerveaux avaient changé aussi. (…) Ces augmentations, à l’époque, nous impressionnèrent encore plus que les changements neurochimiques que nous avions pu observer. (Rosenzweig MR., p 27)

La nouveauté fait donc la différence entre des rats intelligents, au cerveau plus gros et dont la microconnectivité cérébrale est plus dense et créative, et ceux qui butent contre les difficultés inlassablement.

Expérimentation sur les animaux

 

Le pré-parkinsonisme

Until 70 percent of the cells in the substantia nigra are dead, you don’t get one symptom. (sic) But the bad part is that once you get the disease, those neurons cannot be rescued. You can’t turn them back on or get them to work better. They’re gone for good. (Smeyne, 2007)

La maladie de Parkinson, dont l’incidence est relativement faible (1 %), survient quand 70 % des neurones de la substance noire (substantia nigra; partie profonde du cerveau riche en mélanine (d’où la couleur) et en fer, ce qui la rend très susceptible à la corrosion biochimique, ou stress oxydatif), auront été détruits. Il est donc évident qu’un bien plus grand nombre de personnes vivent dans un état pré-parkinsonien : pas seulement ceux qui ont du succès dans les études de haut niveau. Il faut donc parler d’une véritable épidémie de préparkinsonisme.

Deux cas célèbres

Des personnages comme Jean-Paul II et Adolf Hitler ont marqué l’histoire par leur rigidité, leur prodigieuse persévérance, leur difficulté à s’adapter aux nouvelles situations, avec des conséquences littéralement funestes (penser à la propagation de SIDA et d’autres ITS en Afrique que la rigidité de Jean-Paul II a grandement facilité):

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Face au sentimentalisme de sont temps, Jean-Paul II prenait son rôle de défenseur de l’orthodoxie au sérieux :  » je défends le principe de rigidité » (McDonagh, 1998)

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La lenteur d’Hitler à contre-attaquer en Normandie pourrait avoir été un résultat de l’inflexibilité et de la difficulté à adapter ses conceptions à la réalité causées par le parkinsonisme. (BBC, 1999)

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Le préparkinsonisme ordinaire

Ce qui est vrai pour ces illustres personnages l’est tout autant pour le citoyen moyen. Alors que les qualités énumérées ci-dessus ont généralement, depuis des temps immémoriaux, eu la faveur des gens mûrs et raisonnables, elles se révèlent des indices assez sûrs d’un processus dégénératif manifesté au plan psychologique avant de l’être au plan nerveux.

Les impératifs d’adaptabilité, de xénophilie, de curiosité, qui sont propres à notre ère de contacts culturels multiples et d’hyperinformation, demandent, au contraire, une capacité à s’enthousiasmer pour ce qui est autre, une réelle joie d’apprendre et, en particulier, une capacité à vivre à l’intérieur d’une autre personne.

L’Internet, s’il est bien vécu, est un environnement exceptionellement enrichi. Qui sait : peut-être pourrons nous mesurer, bientôt, une augmentation dans la taille des cerveaux à mesure que l’Internet prendra de l’importance dans nos vies?

 

Références

Raine A, Mellingen K, Liu J, Venables P, Mednick SA. (2003) Effects of environmental enrichment at ages 3-5 years on schizotypal personality and antisocial behavior at ages 17 and 23 years. Am J Psychiatry. Sep;160(9):1627-35.

John Paul II taked seriously his role as a defender of orthodoxy against the soppy spirit of the age. He once remarqued (…): « I defend the rigidity principle. » (McDonagh, 1998)

« Hitler’s slowness to counterattack at Normandy may have been secondary to mental inflexibility and difficulty in shifting concepts due to Parkinsonism, » (BBC, 1999)

(incomplètes)

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